Hector a eu 7 mois avant-hier. Il est 15 h 30, nous sommes jeudi et je commence à écrire ces lignes. Comme tous les jours, j’ai déposé mon fils chez son assistante maternelle à 8 h 45 et je l’ai récupéré à 13 h 55.
Ce matin, l’assistante maternelle a vu mon regard en le laissant et m’a dit d’un air taquin : « Alexandre, vous savez que vous le récupérez à peine dans cinq heures ? » Hector m’a regardé et m’a souri, elle a alors ajouté : « Qu’est-ce qu’il l’aime, son papa ! » Je suis remonté sur mon vélo et j’ai foncé travailler pour ne surtout pas être en retard pour venir le chercher. Chaque jour, Hector se réveille de sa sieste chez l’assistante maternelle vers 13 h 45, il sait que dans peu de temps son père va venir le chercher pour passer l’après-midi avec lui.
Exerçant en libéral, je travaillais avant la naissance d’Hector approximativement 50 heures par semaine. Depuis sa naissance, je travaille de 9 heures à 14 heures et je ne travaille plus le mercredi. Que s’est-il passé ?
J’ai débuté dans le monde professionnel auprès de personnes qui ne voyaient pas leurs enfants, totalement accaparées par leur travail. Cela m’a très rapidement décidé à m’installer à mon compte, pour assurer ma liberté. Quelques années plus tard, j’ai rencontré une femme extraordinaire. Nous nous sommes apprivoisés, nous nous sommes aimés, nous avons voulu avoir un enfant.
Alors, les difficultés sont apparues.
Tout d’abord, nous n’avons pas réussi, nous avons patienté, nous avons consulté, nous avons douté. On nous a dit que ce serait compliqué… Nous avons déménagé, ça a fonctionné !
Ensuite, ma compagne a eu un accouchement compliqué, avec un risque pour l’enfant en raison de la durée de la poussée. Lorsqu’Hector est finalement sorti, ils ont dû immédiatement l’emmener pour vérifier son état de santé, cette absence a été extrêmement dure.
L’allaitement a été long à mettre en place et extrêmement douloureux pour ma compagne. Les douleurs, les pleurs, les bouts de sein, les seins en silicone, les coquillages d’allaitement, les différentes positions, nous avons fait face… Ma compagne a été extrêmement courageuse et a contourné les obstacles, j’ai tenté de l’aider sans trop savoir comment faire. Finalement, nous avons rencontré une sage-femme qui nous a sortis de l’impasse.
Enfin, nous avons connu les reflux… des pleurs, des pleurs, des pleurs, de l’hyperextension… Après plusieurs mois, c’est ma compagne qui a découvert l’intolérance à la protéine de lait de vache d’Hector, et les crises se sont arrêtées en 24 heures.
Après ces trois mois difficiles à mettre ma vie professionnelle entre parenthèses, à ne pas dormir la nuit, sont arrivés le quatrième mois et le premier jour chez l’assistante maternelle. À cette époque, Hector sortait des reflux et n’était donc pas régulier dans le sommeil. Nous avions donc prévu deux semaines d’adaptation.
Ce fut pour moi un moment terrible, et je pèse mes mots. J’ai eu l’impression qu’on m’arrachait le cœur, en pleurs, incapable de me raisonner, incapable de travailler. La première semaine, l’assistante maternelle n’a pas réussi à garder Hector plus d’une heure trente à cause de ses pleurs. Travaillant à côté, nous allions donc le chercher en urgence.
Après deux semaines, les choses ont commencé à s’améliorer, mais nous sommes tombés d’accord sur le fait qu’il n’était pas encore envisageable qu’il reste des journées complètes chez l’assistante maternelle. Nous avons donc décidé de faire des demi-journées.
En accord avec ma compagne, j’ai alors choisi de diminuer mon activité, en passant à 40 %. (Je tiens à préciser que j’ai la chance de pouvoir le faire, étant à mon compte, mais que j’ai parfaitement conscience que ce n’est pas le cas de la majorité !)
Pendant plusieurs semaines, nous avons appliqué cette organisation.
Au bout de deux mois, d’un côté, ma compagne a commencé à me dire : « Mais du coup, on passe quand l’assistante maternelle à temps complet ? » et, de l’autre côté, l’assistante maternelle a commencé à me poser la même question et à me proposer : « Si vous voulez, je le garde jusqu’à 15 heures ? », tout en glissant à ma compagne : « C’est son papa qui ne veut pas le laisser plus longtemps, j’ai bien compris… »
Un jour, nous avions clairement convenu en amont qu’Hector resterait jusqu’à 15 h 30. Au moment de le déposer le matin, l’assistante maternelle m’a demandé : « Aujourd’hui, on est d’accord que c’est 15h30. » J’ai alors répondu, sans aucune mais alors aucune hésitation : « Non, ce sera 14 heures. »
Le sujet est devenu de plus en plus présent… jusqu’à ce que je fasse mon choix : Hector n’ira pas chez l’assistante maternelle de 8 h 45 à 17 h 45 comme c’était initialement prévu. Cela m’est impossible. Il n’en est pas capable, j’en suis incapable.
Je ne peux me résoudre à voir mon fils une heure le matin et deux heures le soir. J’ai appris au cours de mon existence le caractère éphémère de la vie, il m’est donc impossible de laisser filer les années sans m’occuper de mon fils. J’avais le choix entre reprendre mon travail comme avant et moins voir mon fils, ou réduire mon activité pour m’en occuper ; j’ai opté pour le second.
Beaucoup ne comprennent pas et me demandent : « Mais tu travailles combien d’heures par semaine ? » « Financièrement tu t’en sors ? » « Mais quand as-tu prévu de retravailler vraiment ? » Peu de gens m’interrogent sur tous les moments extraordinaires que je passe avec mon fils…
Les personnes avec lesquelles je partage mes locaux disent que je suis en « mi-temps thérapeutique ». Ils ont raison, je suis malade ! J’éprouve tellement d’amour pour mon fils qu’il m’est impossible de ne pas en profiter chaque jour qui m’est donné. Je suis atteint de la plus belle des maladies, l’amour !
Avant la naissance de mon fils, je ne pensais pas qu’il était possible d’aimer autant. Mais là, impossible de faire face, l’émotion me submerge. Je ressens un bonheur immense à chaque fois que je le récupère chez son assistante maternelle en sachant que nous allons passer l’après-midi ensemble, je ressens un bonheur immense en jouant avec lui, je ressens un bonheur immense en le regardant s’endormir dans mes bras, je ressens un bonheur immense en sentant son souffle dans mon cou quand il s’endort, je ressens un bonheur immense à voir chacun de ses progrès, je ressens un bonheur immense à l’avoir à côté de moi chaque matin, je ressens un bonheur immense, et j’ai les larmes aux yeux rien qu’en pensant à ces moments et en écrivant ces lignes.
On m’avait dit qu’un enfant était la plus belle chose qui puisse arriver, je n’y croyais pas, je me disais que ce serait chouette mais quand même contraignant, étant plutôt hyperactif et sportif.
Avoir un enfant n’est pas simple, c’est même souvent très dur, nous avons connu des moments extrêmement difficiles, des déprimes, des pleurs de fatigue, des nuits blanches, des douleurs physiques à force de bercements. Nous n’avons pas eu une seule nuit complète, sans réveil, depuis la naissance d’Hector.
Lorsqu’on a un enfant, il faut se réinventer en permanence, s’adapter, se remettre en question, chercher des solutions, les trouver, les abandonner, échouer, recommencer.
Mais peu importe, avoir un enfant est la plus belle chose qui me soit arrivée, j’oublie toutes les difficultés sur un simple sourire d’Hector, et l’amour qu’il me procure vaut plus que tout ce que la société peut m’offrir.
Le bonheur qui se lit sur le visage d’un enfant est le plus beau et le plus pur des bonheurs. Un enfant ne triche pas, un enfant ne calcule pas, un enfant communique ses émotions, son bonheur, ses peurs, ses frustrations, son amour.
Alors, peut-être me croiserez-vous un après-midi de semaine avec mon fils, en train de courir au bord de la rivière, de flâner à vélo, ou dans un jardin ou une librairie… Vous vous étonnerez alors de voir un père avec son enfant pendant les heures de travail, flânant, complices, insouciants… Enfin non, vous ne vous étonnerez plus, vous saurez…
Nous n’avons qu’une seule vie pour profiter de nos proches, et la seule chose dont nous soyons certaine, c’est de l’instant présent, alors profitons-en.
Alexandre
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