Programme

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Quel amour de bébé !
Le bébé, ses parents et les professionnels
de la petite enfance

 

2 journées professionnelles :
jeudi 7 et vendredi 8 juin 2018

&

1 journée gratuite ouverte à tous
(inscription obligatoire)
samedi 9 juin 2018

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Patrick Ben SoussanPatrick Ben Soussan, pédopsychiatre, responsable du département de psychologie clinique, institut Paoli-Calmettes (Marseille), directeur du Collège de la revue Spirale et de la collection « 1001 BB » aux éditions Erès.

Du moment qu’y a d’l’amour…

L’enfant n’est qu’à aimer. À en croire les assurances populaires, on aime forcément ses enfants… Mais peut-on vraiment « aimer » toujours, avec le même engagement, chaque enfant, qu’il soit nôtre ou que nous l’accompagnions sur son chemin de vie ? Aime-t-on autant cet adorable bambin qui nous charme de ces premiers mots, premiers pas, premiers sourires et le même, rageur, destructeur, qui nous refuse tout, à coup de « non » incessants et de cris perçants ? Peut-on aimer trop ses enfants ? Au jeu des différences et des préférences, l’enfant n’a-t-il pas tout à gagner ? Le lien que chaque parent tisse avec chacun de ses enfants n’est-il pas à chaque fois singulier et unique ? L’amour et la haine, la tendresse et la passion, la violence et le silence ne sont-ils pas les épithètes contraintes de toute enfance ? L’ambivalence et la complexité ne nichent-elles pas au cœur de tout désir d’enfant, de toute parentalité bien « tempérée » ? L’enfant n’est qu’à aimer… Vraiment ? À l’aube du troisième millénaire, l’enfant, tout juste sorti du brouillard qui opacifiait son statut – constat non déclinable à l’empan de la planète – nous assure de ses compétences, nous laisse entrevoir combien inventive est sa vie psychique et nous donne à comprendre les multiples nuances de ses besoins, pour un développement psychoaffectif et psychomoteur harmonieux. Mais si les besoins fondamentaux de l’enfance nous apparaissent ainsi bien mieux connus, ils sont souvent énoncés comme des droits. Et gare à ceux qui, momentanément ou par quelques contraintes inconscientes, sociales ou culturelles, ne les respectent pas : notre société de la transparence et de l’ingérence aura tôt fait de les leur rappeler. Platon, IVe siècle avant J.C., écrivait déjà : « Lorsque les pères s’habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent pas compte de leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent devant les élèves et préfèrent les flatter, lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu’ils ne reconnaissent plus au-dessus d’eux l’autorité de rien ni de personne, alors c’est là, en toute beauté et en toute jeunesse, le début de la tyrannie. » Les bébés d’aujourd’hui seront-ils les tyrans domestiques puis les tyrans tout court de demain ? L’exercice des jeunes parents comme des professionnels de la petite enfance, qu’ils soient, ou non, novices ou experts, « Dolto-(in)formés », férus de philosophie piklérienne ou de parentalité positive, reste complexe et… épuisant. Crise des valeurs, manque de repères, d’éthique, faillite des engagements, vide spirituel, que ne convoque-t-on pas pour expliquer ce malaise dans la civilisation comme disait Mr Freud, qui rappelait dès 1925 qu’éduquer est bien un des « métiers impossibles » ? Comment s’y retrouver, dans notre monde moderne, temple de la consommation et de la mondialisation ? Comment être accueillant, bien-veillant, prévenant ? Pour ne pas avoir à payer, plus tard, mais si vite, le prix fort de cette absence de rencontre, de partage, de don.